Accueil du site > Invisible > Newsletter > Brèves > Rencontre avec Eric Corijn | Journée de l’ASTRAC

Rencontre avec Eric Corijn | Journée de l’ASTRAC

Jeudi 16 mai | La Marlagne

Le 16 mai dernier, lors journée de rencontre professionnelle organisée par l’ASTRAC, nous avons rencontré Eric Corijn pour une rencontre-débat autour d’une thématique bien particulière : « la culture ne fait plus société ; il faut décentrer ».

Erin Corijn est sociologue et philosophe de la culture, professeur à la VUB et expert des dynamiques urbaines. Cet académicien au parcours atypique et d’horizon très large est un penseur stimulant et non-conformiste qui joue un rôle important dans les débats publics sur la ville et l’urbanité, et sur l’interculturalité et le développement communautaire. Il inspire à la fois théoriciens et praticiens – intellectuels, décideurs politiques, acteurs de terrain - mais également le « tout public ».

Lors de la rencontre du 16 mai, Eric Corijn nous a invité à une réflexion autour de questions telles que « comment faire société à partir de la différence et de la diversité ? », « Quel rôle pour la culture, et quels enjeux pour les acteurs culturels dans ce contexte ? »
L’exposé d’Eric Corijn a tout d’abord permis de recentrer les préoccupations sur la transition sociétale que nous vivons au 21ème siècle, due à l’urbanité croissante de nos modes de vie. Cela entraîne donc une redéfinition du concept de société, mais également de la culture comme paradigme de nos sociétés multiples. Ainsi, le modèle traditionnel de la culture en tant que base de l’Etat-nation appelle à une réactualisation au vu de l’essor des villes. Culture, communauté et société sont donc des termes à repenser pour élaborer de meilleures politiques du vivre ensemble.

Pour en savoir plus sur Eric Corijn, voici quelques extraits de l’interview faite par l’ASTRAC :

- Qui est Eric Corijn ?
De formation, je suis beaucoup de choses, mais surtout philosophe de la culture et sociologue. Professionnellement, je suis prof d’université en géographie sociale et culturelle (fraîchement retraité, mais toujours actif) à la Vrije Universiteit Brussel où je dirige le groupe de recherches urbaines COSMOPOLIS, City, Culture & Society. J’ai donc pas mal publié sur un tas de sujets. Et puis, je suis un membre actif de la société, engagé dans de multiples activités de la société civile et du monde de la culture. Actuellement j’aide le KVS avec sa sortie en ville avec les trois festivals Tok Toc Knock dans des quartiers de Bruxelles.

- Vous défendez une vision « constructiviste » de la culture, cela veut dire ?
Cela veut dire que la culture est un produit de l’interaction humaine et n’appartient donc pas au « naturel » ou au génétique de l’homme, d’un « peuple », ou d’un groupe. La culture change dès lors dans la mesure où l’interaction, les rapports sociaux sont en évolution. Et il est possible d’étudier ces phénomènes en essayant de faire le lien entre la culture vécue, le social, le quotidien d’une part, la culture soidisant documentée, le secteur culturel d’autre part, et aussi la tradition sélective et « l’identité sociétale » qui en est déduite...

- Quelle différence entre « multiculturalité » et « interculturalité » ?
Très simplement, la multiculture indique l’existence de cultures différentes, non seulement diverses, mais aussi avec leurs propres institutions en mécanismes de reproduction. On ne vit pas ensemble dans la multiculture. L’interculturalité est précisément ce registre d’interaction, de mélange, d’hybridité où se construisent les relations et les échanges entre humains de cultures différentes.

- Vous n’êtes pas seulement un spécialiste des dynamiques urbaines mais aussi un grand défenseur de la ville...
Oui. Je constate que le monde est en transition profonde et que la mondialisation ou la globalisation est aussi, en premier lieu, une urbanisation. Au début du XXème siècle quelque 10% de la population mondiale vivaient en ville, au début du XXIème siècle plus de la moitié de l’humanité vit en ville et dans les continents les plus développés ce sont même les trois quarts. Cela pour les faits. Ensuite : je trouve cela bien, parce que la ville est plus proche du monde que le pays, parce que la mixité urbaine nous aide mieux à (apprendre à) vivre dans ce monde que le nationalisme ou l’identité nationale. Voilà. Je suis pour l’urbanité comme une culture post-nationale.

- L’avenir de la Belgique en tant qu’état souverain, doit elle inquiéter les acteurs culturels ? Et la crise économique et sociétale ?
Tout ce qui intéresse la société doit intéresser les acteurs culturels. Ils sont là pour produire, reproduire et alimenter la carte mentale du monde dans lequel nous vivons ensemble et faisons sens. Les « culturels » doivent se positionner dans le débat public qui légitime les représentations, qui légitime les structures, etc. C’est dans le champ culturel, le champ de l’imaginaire, que se jouent d’abord les réformes qui aboutiront sur l’état à venir : inquiétons-nous donc même avant les autres ! Parce que ce sont quand même les acteurs culturels qui maintiennent des idées comme l’importance de la langue pour la culture, pour « une » culture même et qui alimentent les signifiants qui font parler les anthropologues en termes d’ethnies ou de peuples. Ou qui entretiennent les figures qui montrent au sociologues les classes ou les couches sociales... Et puisque tout cela est en ébullition, il est temps de commencer à produire des cultures différentes. Comme par exemple des cultures urbaines...

Egalement disponible sur internet, une rencontre filmée sur TéléBruxelles en février 2013

Concertation des Centres Culturels Bruxellois

Rue de la Victoire, 26 | B-1060 Bruxelles | CONTACT | Téléphone : +32 (0)2/539.30.67

Site réalisé avec Spip par Cassiopea asbl | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0