Que sont exactement les Centres Culturels de la Communauté française ? Quelles sont leurs missions ?
En hommage à Thérèse Mangot, Etienne Grosjean, Henri Ingberg et à tous ceux qui ont contribué à faire de la culture un espace de démocratie culturelle.
L’histoire des Centres culturels a véritablement démarré au lendemain de la mouvance de mai 1968. Les barricades ont fait exploser les rêves et généré les défis. Le ministre Pierre Wigny décide de créer les Maisons de la Culture. Il imagine alors un plan quinquennal dont le but est de démocratiser et décentraliser la culture (la culture pour tous) et de développer la création locale. En 1970, un arrêté royal permet les fondements institutionnels des « Maisons de la Culture » et des « Foyers culturels ». Un pari original : une collaboration entre pouvoirs publics et citoyens
Le modèle préconisé à l’époque était original. Il induit la participation et la collaboration des pouvoirs publics auprès des acteurs privés au sein d’associations sans but lucratif. Ce pari était quelque peu révolutionnaire à l’époque puisqu’ils permettait à des citoyens, sans qu’ils soient pour autant mandataires publics, de cogérer des infrastructures culturelles de l’Etat.
Par ailleurs, la notion de démocratie culturelle (la culture par tous) entrait de plain-pied dans le champ culturel par le biais des conseils culturels, organe original essentiel de la vie des Centres culturels. Réunis au sein du Conseil culturel, toute association et tout citoyen menant une action culturelle se voit ainsi reconnaître le droit de s’impliquer de manière pratique dans la vie du Centre, de profiter des infrastructures et des outils de communication, ainsi que de concevoir une programmation. Plus important encore peut-être, cette nouvelle façon de concevoir la culture revendiquait le pluralisme politique, philosophique, social et culturel, préfigurant en cela de manière exemplaire le Pacte culturel qui sera promulgué le 16 juillet 1973. Certains, à l’époque, ont dû y voir une forme d’utopie ou d’idéalisme difficile à réaliser.
Aujourd’hui pourtant, 37 ans plus tard, - et quelques arrêtés et décrets en plus -, on peut dire que le défi a été relevé, et que le bilan de la politique culturelle menée dans ce secteur est plus qu’éloquent : 117 Centres culturels sont aujourd’hui reconnus par la Communauté française – 105 Centres culturels locaux et 12 Centres culturels régionaux - financés par divers pouvoirs publics associés.
Ils sont répartis dans toutes les régions urbaines et rurales de la Communauté française, et au-delà de leurs multiples différences et spécificités, développent tous la même volonté d’être des outils pluriculturels au service de la démocratie.
La législation des Centres culturels a été redéfinie par le vote d’un nouveau décret fixant les conditions de reconnaissance et de subvention des Centres culturels (Décret du 22 juillet 1992, modifié le 10 avril 1995). Ce nouveau décret reprend et confirme le premier arrêté royal et stabilise l’action des Centres culturels par la mise en place de contrats-programme de 4 ans.
Les missions des Centres culturels définies par le décret :
1. Offrir des possibilités de création d’expression et de communication ; 2. fournir des informations, formations et documentations qui concourent à une démarche d’éducation permanente ; 3. Organiser des manifestations mettant en valeur les oeuvres du patrimoine culturel local, régional, communautaire, international et francophone ; 4. Organiser des services destinés aux personnes et aux associations qui favorisent la réalisation des objectifs du Centre.
A Bruxelles, il y a 11 Centres culturels agréés par la Communauté française. Ces Centres conçoivent leurs missions et leur fonctionnement dans le cadre d’une capitale, cœur de l’Europe, en travaillant en complémentarité avec une offre culturelle de plus en plus fournie. Chaque Centre culturel développe sa spécificité. Grâce à leurs équipes d’animateurs professionnels, ils mettent en place des activités conçues en collaboration étroite avec la population et le monde associatif dans une dynamique actuelle. Nos 11 Centres culturels collaborent régulièrement avec plus de 600 associations. Une grande variété de disciplines artistiques
Disposant de salles de spectacle, de salles d’exposition, et de nombreux locaux polyvalents, les Centres culturels bruxellois participent à la diffusion artistique favorisant la bonne circulation des spectacles des artistes de la Communauté française, européens et étrangers par le biais d’une programmation dynamique et polyvalente : théâtre, danse contemporaine, cinéma, arts plastiques, musique du monde, musique classique, jazz, chanson française, rock, hip-hop, documentaires, conférences, débats, café- philo, festivals, événements thématiques, théâtre et cinéma jeune public, conte,... Un travail d’éducation permanente
Les Centres culturels développent aussi tout un travail en profondeur avec les associations locales et les citoyens. De par leur connaissance aiguë du terrain, ils peuvent offrir un réel service de proximité en proposant des activités telles que : ateliers d’expression et de créativité, stages, accompagnement culturel, démarches d’initiation aux arts, et bien d’autres actions d’éducation permanente. Ils sont indiscutablement le ferment de l’action culturelle de proximité. La plupart des Centres culturels bruxellois sont les « pôles » de la Zinneke Parade. Le public des Centres Culturels bruxellois
Par l’extraordinaire diversité des activités qu’ils proposent et par leur implantation dans tous les quartiers de la capitale, les Centres culturels bruxellois touchent et font se rencontrer des citoyens de tous les âges, de toutes les catégories sociales, de toutes les cultures, de toute la Région bruxelloise et bien au-delà. Ainsi ils contribuent pleinement au développement de la démocratie et font de la ville un lieu où il fait bon vivre.
par Thérèse Mangot